Les origines d'un mouvement contestataire : des années 1960 à la fondation du groupe le 11 septembre 1975

Au temps de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme initiée par le gouvernement fédéral (1963-1971), les provinces majoritairement anglophones sentent aussi le besoin de réagir aux revendications des minorités francophones et à la montée du nationalisme québécois. Les neuf provinces anglophones apportent des réformes plus ou moins marquées dans le domaine de l'éducation des minorités francophones et tentent de garantir un meilleur accès à l'enseignement en français, langue seconde. Le Nouveau-Brunswick enchâsse le principe du bilinguisme à l'échelle provinciale. L'Ontario ne suit pas l'exemple néo-brunswickois, mais le premier ministre conservateur John Robarts, initie certaines mesures pour la population francophone. En 1965, il crée un comité de coordination des services en français, l'Advisory Committee on French Language Services. Il permet également l'usage du français à l'Assemblée législative. En 1967, il autorise la création d'écoles secondaires publiques de langue française. En 1971, son successeur conservateur, William «Bill» Davis, réitère l'importance d'offrir plus de service en français.

Le gouvernement ontarien prépare alors une toute première politique relative à la traduction de documents officiels en français destinés au public francophone. Trois ans plus, le Conseil consultatif des affaires franco-ontariennes est créé.

Ce n'est pas assez. Et les réformes sont trop lentes. Le mouvement C'est l'temps! voit le jour en 1975 et se charge de faire pression sur le gouvernement ontarien, sur le Procureur Général Roy McMurtry et sur le premier ministre Davis, pour qu'ils tiennent la promesse du 3 mai 1971 d'offrir des services en français. Plus particulièrement, le mouvement C'est l'temps! revendique le «droit fondamental des Franco-Ontariens de s’exprimer librement – c’est-à-dire sans traducteur interposé – devant les tribunaux de leur province».  Il demande de rendre les codes civil et criminel de la province accessibles en français, «comme ils le sont d’ailleurs au Québec et au Nouveau-Brunswick». Dans sa quête, il est soutenu par l’Association canadienne-française de l’Ontario, la Fédération des femmes canadiennes-françaises et l’Association des enseignantes et des enseignants francophones de l’Ontario.