L'Église et le Règlement XVII

Pendant toute la durée de la crise du Règlement XVII, les Franco-Ontariens sont aux prises avec deux adversaires puissants : la majorité anglo-protestante, bien entendu, qui souhaite que l’école tienne lieu d’outil d’intégration à la majorité linguistique et culturelle, et le clergé irlando-catholique. Ce dernier, craignant que le gouvernement provincial ne supprime le régime des écoles séparées (c’est-à-dire catholiques), pourtant protégé par l’article 93 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867, s’applique à « angliciser » les catholiques de la province afin qu’ils paraissent moins « étrangers », en quelque sorte, aux yeux des loges orangistes, qui exercent une influence non négligeable sur la classe politique ontarienne. Ainsi, la volonté des Canadiens français de l’Ontario de maintenir un système d’écoles françaises (ou « bilingues ») dans le dessein de préserver leur particularisme linguistique, culturel et « national » ne peut que provoquer l’hostilité de certains de leurs coreligionnaires irlandais. L’affrontement entre les Franco-Ontariens et les irlando-catholiques déborde la sphère strictement scolaire et provoque aussi une lutte parallèle pour le contrôle des structures paroissiales et épiscopales de la province. Le conflit linguistique, qui se double donc d’un conflit religieux, en vient à menacer l’unité de l’Église et contraint le Saint-Siège à intervenir, bien malgré lui, dans le but de rétablir la concorde parmi ses ouailles canadiennes.