Une campagne de désobéissance

Dès l’entrée en vigueur du Règlement XVII en 1912, la résistance s’organise dans les écoles franco-ontariennes. Des commissions scolaires bilingues, suivant l’exemple de la Commission des écoles séparées d’Ottawa, donnent la consigne à leurs enseignants de continuer à enseigner en français comme si la politique du ministère n’existait pas. En plusieurs endroits, les enfants quittent l’école à l’arrivée de l’inspecteur anglo-protestant. Si l’inspecteur entre en classe, les élèves ont déjà caché leurs livres français. Plusieurs commissions scolaires refusent les subventions gouvernementales devant l’injustice du Règlement XVII. La résistance des élèves, des enseignants, des parents et des commissaires franco-ontariens fascine tous les Canadiens français. Lors d’une séance publique de la Société du parler français au Canada tenue à l’Université Laval (Québec) le 4 février 1914, Alphonse-Télesphore Charron, président de l’Association canadienne-française d’éducation d’Ontario (ACFEO), prononce un discours dans lequel il souligne que les élèves franco-ontariens des écoles de la résistance participent au réveil national des Canadiens français de l’Ontario. Cependant, cette forme de résistance n’est pas possible partout. Plusieurs commissions d’écoles séparées dans lesquelles les Franco-Ontariens sont en minorité ne veulent pas se priver des subventions du ministère de l’Éducation et acceptent d’appliquer le Règlement XVII. Dans quelques localités, des Franco-Ontariens, sous la direction de leur curé et de l’ACFEO, décident de résister en ouvrant des écoles « libres ». Ces écoles sont des établissements privés complètement indépendants du ministère de l’Éducation. Elles sont donc libres de ne pas appliquer le Règlement XVII. Cependant, elles ne peuvent recevoir de subventions gouvernementales. Elles sont financées par les parents, qui doivent s’imposer des sacrifices en continuant de payer leurs impôts scolaires. Des écoles libres sont créées à Green Valley (1916), à Welland (1920), à Windsor (1922) et à Pembroke (1923). Les écoles libres de Green Valley et de Pembroke deviennent célèbres dans tout le Canada français. Partout, le rôle des femmes franco-ontariennes dans la résistance au Règlement XVII est déterminant. En 1935, le père Arthur Joyal, directeur du secrétariat de l’ACFEO, soulignera, dans une conférence prononcée lors d’un banquet de la Fédération des femmes canadiennes-françaises, la contribution des femmes dans la résistance franco-ontarienne.